Premier été sous la serre

Nous sommes mi septembre, et il est probable que les périodes les plus chaudes soient maintenant derrière nous. Il est donc temps de faire un bilan de ce premier été de production.

Nous avons connu en France deux périodes caniculaires cette année; la première fin juin, avec des records de températures historiques battus dans plusieurs régions, et de nouveau fin juillet même si l’ampleur a été moindre.

Par chance, notre localisation à la pointe du Cotentin nous a permis d’éviter des températures supérieures à 36°C (c’est déjà rarissime dans notre région), et la température redescendait rapidement en soirée pour n’atteindre « que » 22 ou 23°C la nuit.

Ces températures élevées ont eu des répercussions dans la serre; la température de l’air a atteint plusieurs jours de suite les 42°C, et l’ensoleillement était très important. Certaines variétés ont dû se protéger en « recroquevillant » leurs feuilles afin de les protéger (plants de tomates, physalis). Dans certains cas, cela n’a pas suffit ou les végétaux n’ont pas pu se protéger suffisamment (têtes de certains plants de tomates brûlés, feuilles de betteraves).

Par ailleurs, ce stress de température a également fait avorter et sécher de nombreuses fleurs de tomates, courgettes ou cornichons. D’autres variétés, principalement des salades et brassicacées (moutardes et choux), ont répondu au stress en abandonnant la production de feuillage au profit de la production de fleurs et de graines, ce qui a singulièrement diminué nos récoltes.

Afin de pallier à ces effets négatifs, j’ai envisagé plusieurs solutions. Par exemple, l’installation de toiles d’ombrages en toiture, idéalement automatisées, aurait sûrement très largement diminué l’impact de l’ensoleillement et diminué la température sous la serre. J’ai également envisagé d’installer des brumisateurs dans les allées, sachant que l’évaporation des fines gouttelettes est un moyen très efficace de limiter les hausses de températures. Toutefois, le montant des investissements et de l’entretien de ces installations est important dans les deux cas, il n’est pas évident que ces coûts supplémentaires ne soient pas supérieurs au coût des pertes dues aux épisodes caniculaires. En revanche, les conditions de travail s’en trouveraient sensiblement améliorées…

Concernant la température de l’eau, malgré l’inertie importante imputable au volume d’eau présent (environ 100 mètres cubes), elle a fini par atteindre plus de 24°C. L’optimum pour la truite Arc-en-ciel est autour de 16°C, et le confort des poissons diminue fortement au-delà; les truites n’arrivent plus à bien digérer l’aliment bien que leur appétit augmente, ce qui entraîne une augmentation du volume des déchets et une plus forte consommation d’oxygène. Les truites risquent de s’asphyxier, d’autant plus que la concentration d’oxygène dans l’eau tend naturellement à diminuer quand la température augmente…

Afin de protéger le taux d’oxygène dans l’eau, et donc d’améliorer le confort des poissons, il est nécessaire de diminuer drastiquement la quantité d’aliment distribué par jour. On peut également s’équiper d’une petite bouteille d’oxygène sous pression pour améliorer le taux d’oxygène aux heures les plus chaudes. En l’occurrence, j’ai pu observer que la nature des déchets changeait à cause de ces températures (part plus importante des déchets solides), et par conséquent le taux de nutriments disponibles pour les cultures a diminué. Les plantes situées au plus près de l’arrivée d’eau ont continué à se développer, mais celles situées en aval n’avaient plus assez de nutriments et certaines ont dépéri.

Après analyse, il me semble probable que ces phénomènes ont été amplifiés par la faible charge nutritionnelle du système qui est dans sa première année. Les poissons sont encore en trop faible quantité (1/3 du cheptel optimal) au regard de la surface de culture que nous avons utilisée (2/3 du total prévu). Je ne doute pas que nous pourrons, cet hiver, accumuler une charge nutritionnelle plus importante qui devrait nous permettre d’aborder plus sereinement le prochain été. Malgré nos efforts, certains poissons plus fragiles n’ont pas survécu à ces épisodes caniculaires. Le cheptel en est sorti « assaini » et nous n’avons quasiment plus de mortalité depuis. La température est lentement redescendue sous les 20°C, nous allons pouvoir augmenter doucement les rations quotidiennes.

One Comment on “Premier été sous la serre

  1. Bonjour,

    Merci pour ces nouvelles, j’espère que la fin de la saison estivale a permis de faire soupape.

    Bonne continuation en attendant de pouvoir se rencontrer.

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